Rapprocher les différentes économies d’Afrique : la levée de fonds en capital du Groupe Sahel et la prise de contrôle du groupe marocain Forafric
Une histoire de succession
Fondé en 2011 par l’entrepreneur malien M. Houd Baby, Groupe Sahel s’est rapidement imposé comme un acteur clé de la transformation céréalière dans la région. Avec une capacité de production de 600 tonnes par jour à travers ses filiales au Mali, au Burkina Faso et au Niger, le groupe est le seul opérateur régional actif dans trois pays. En s’appuyant sur ses racines locales et une équipe dirigeante expérimentée, Groupe Sahel a su bâtir des marques fortes, dont Lafia, aujourd’hui incontournable au Mali. La trajectoire du Groupe Sahel, caractéristique de l’entrepreneuriat familial africain, illustre le potentiel de l’investissement en Afrique, où il est possible, en une seule génération, de faire émerger un leader industriel régional.
Forafric, fondé en 1926, est l’un des leaders de l’agroalimentaire en Afrique du Nord. Avec sept unités industrielles, il est le premier meunier du Maroc et produit une large gamme de farines, de semoules et de produits transformés comme les pâtes et le couscous. Jusqu’alors peu présent en Afrique subsaharienne, le groupe recherchait l’opportunité idéale pour concrétiser son plan d’expansion vers le sud du Sahara.
Dans ce contexte, le projet de M. Houd Baby, visant à consolider Groupe Sahel tout en préparant sa succession, a représenté une opportunité unique. Forafric a ainsi finalisé une prise de participation majoritaire en 2021, tout en maintenant l’implication de M. Baby dans la gouvernance.
Des objectifs multiples pour une opération exigeante
L’opération combinait plusieurs enjeux : un apport en capital pour restructurer la dette et financer un plan d’investissement, et un plan de succession, avec transfert du contrôle à Forafric et maintien de M. Baby comme actionnaire minoritaire. Concevoir une structure conciliant ces objectifs, aligner les intérêts des parties et sécuriser l’avenir du groupe, le tout dans un contexte sahélien marqué par des incertitudes économiques et politiques, a rendu la transaction particulièrement délicate. Cette combinaison de financement, de transmission et de gouvernance en fait une opération à la fois complexe et originale dans le paysage ouest-africain.
Une transaction majeure pour la sécurité alimentaire au Sahel
La sécurité alimentaire est un défi vital pour les pays sahéliens. Depuis des décennies, la demande en céréales croît fortement, portée par l’une des démographies les plus dynamiques au monde. Pourtant, les filières locales peinent à suivre, accentuant la dépendance aux importations. Pour répondre à cet enjeu, les meuniers régionaux doivent atteindre une taille critique, capable de générer des économies d’échelle, investir dans des capacités modernes et diversifier leur offre. L’arrivée de Forafric apporte à Groupe Sahel non seulement une assise financière et une expertise industrielle reconnue, mais aussi la possibilité de développer des synergies et d’élever ses standards de production.
Au-delà de son impact sur l’entreprise, l’opération contribue à renforcer l’autonomie alimentaire du Sahel et illustre la valeur des partenariats sud-sud. Le rapprochement entre un acteur nord-africain de premier plan et un opérateur sahélien ancré localement démontre le potentiel de coopération entre régions du continent pour bâtir des champions africains.
Cette opération illustre le fort potentiel d’impact de l’investissement privé en Afrique. En combinant la solidité de Forafric avec l’agilité et la connaissance locale du Groupe Sahel, cette transaction ouvre la voie à la création d’un véritable champion régional, capable de répondre durablement aux besoins alimentaires d’une population en forte croissance.


